1984

Le Panthéon, Los Angeles et le Macintosh

En une même année, la France tourne la page de la rigueur, les Jeux olympiques se jouent sans l'URSS, et un ordinateur change tout.

Le 100 francs Panthéon, créé par décret du 8 juillet 1982 sous la présidence de François Mitterrand, porte au revers le fronton du monument parisien et la légende “Aux grands hommes la patrie reconnaissante”. En argent 900 pour mille, il est frappé à plus de 14 millions d’exemplaires entre 1982 et 1996. Le millésime 1984 s’inscrit dans une période charnière pour la présidence Mitterrand : après le “tournant de la rigueur” engagé en mars 1983 face aux attaques spéculatives contre le franc dans le Système monétaire européen, le gouvernement de Pierre Mauroy, toujours en place en 1984 (Laurent Fabius ne lui succédera qu’en juillet), doit gérer des dossiers industriels douloureux : en juin, la fermeture de Creusot-Loire devient le plus grand dépôt de bilan de l’histoire industrielle française, provoquant une forte contestation en Lorraine, tandis qu’environ 700 000 personnes se trouvent alors en préretraite.

À l’échelle mondiale, 1984 est marquée par deux événements sans rapport apparent, mais tout aussi révélateurs de leur époque. Du 28 juillet au 12 août se tiennent à Los Angeles les Jeux olympiques d’été, boycottés par l’URSS — annoncé le 8 mai, officiellement pour des raisons de sécurité, mais en réalité en représailles au boycott occidental des Jeux de Moscou de 1980 — et par quatorze autres pays du bloc de l’Est. Et le 22 janvier, en plein Super Bowl, la publicité “1984” de Ridley Scott, mettant en scène une athlète brisant l’écran d’un Big Brother orwellien où beaucoup ont vu une allusion à IBM, est diffusée à la télévision américaine ; deux jours plus tard, le 24 janvier, Apple lance effectivement le Macintosh, concluant le spot par une formule devenue célèbre : “vous verrez pourquoi 1984 ne sera pas comme ‘1984’.”

Trois récits qui n’ont, en apparence, rien en commun — une monnaie française d’argent, des Jeux olympiques amputés par la Guerre froide, un ordinateur personnel qui change l’informatique — mais qui dessinent ensemble le portrait d’une année où le monde ancien de la Guerre froide et des économies dirigées commence, presque partout à la fois, à céder la place à quelque chose de neuf.

Sources