Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une soixantaine d’attaques coordonnées du FLN marquent en Algérie le début de l’insurrection armée — épisode que l’histoire retiendra sous le nom de “Toussaint rouge”. Edgar Faure devient président du Conseil le 23 février 1955, tandis que Jacques Soustelle est nommé gouverneur général de l’Algérie en janvier. La loi du 3 avril 1955, votée sous le gouvernement Faure, instaure l’état d’urgence sur une large partie du territoire algérien — première mesure d’exception majeure d’un conflit qui s’aggravera encore avec les massacres de Constantine (Philippeville) des 20 et 21 août de la même année.
C’est dans ce contexte que circule le 100 francs “Cochet”, gravé par Robert Cochet et frappé de 1954 à 1958, à Paris comme à Beaumont-le-Roger — un atelier annexe ouvert dans l’Eure pour répondre à la demande de numéraire de l’après-guerre. Cette dénomination élevée, inhabituelle jusque-là, s’explique simplement : c’est l’unique pièce de 100 francs de toute la IVe République, rendue nécessaire par l’inflation continue qui ronge le pouvoir d’achat du franc depuis 1945. Une monnaie de valeur croissante, frappée au moment précis où la France entame, sans encore mesurer son ampleur, le conflit qui va la marquer durablement.