La France de 1946 cherche encore la forme institutionnelle de sa sortie de guerre. Le 20 janvier, Charles de Gaulle démissionne de la présidence du Gouvernement provisoire, en désaccord avec le projet de Constitution et ce qu’il appelle le “régime des partis” ; Félix Gouin lui succède. Un premier projet constitutionnel, prévoyant une assemblée unique, est soumis au peuple le 5 mai — et rejeté à 52,82 % des voix. Une nouvelle Assemblée constituante, élue le 2 juin, rédige un second texte, adopté cette fois par référendum le 13 octobre, à 53,2 %. La Constitution de la IVe République est promulguée le 27 octobre 1946 : il aura fallu près d’un an et deux scrutins pour que la France se dote d’un nouveau régime.
Dans le même temps, le pays engage une reconstruction économique par la nationalisation. Renault, accusé de collaboration, est nationalisé sans indemnisation dès janvier 1945. La Banque de France et les quatre plus grandes banques de dépôt suivent en décembre de la même année. Le 8 avril 1946, une loi nationalise l’électricité et le gaz, donnant naissance à EDF et GDF. La Sécurité sociale, créée par les ordonnances d’octobre 1945 sous l’impulsion de Pierre Laroque, prolonge le programme du Conseil national de la Résistance. Début 1946, le Commissariat général du Plan est institué ; le plan Monnet, présenté définitivement en novembre, fixe les priorités de la reconstruction : électricité, charbon, acier.
C’est dans cette France exsangue que continue d’être frappé le 5 francs Lavrillier, mais en aluminium — le métal le plus léger et le moins coûteux alors disponible. Le choix n’a rien d’anodin : dès 1941, l’occupant allemand avait entrepris, avec la collaboration du régime de Vichy, une réquisition systématique des métaux non ferreux français — étain, plomb, nickel, cuivre — au point que, fin 1940 déjà, plus de 112 000 tonnes de cuivre et plusieurs milliers de tonnes de nickel et d’étain avaient été expédiées vers les usines allemandes, jusqu’à faire fondre statues et cloches d’églises. Le nickel réquisitionné, la frappe française avait basculé vers le zinc puis l’aluminium ; à la Libération, les stocks de métaux nobles ne sont pas reconstitués, la priorité industrielle allant tout entière à la reconstruction. L’aluminium, léger jusqu’à sembler presque immatériel — moins de 4 grammes pour 31 millimètres de diamètre — reste donc le choix logique d’une France qui, en pleine refondation institutionnelle, n’a tout simplement pas les moyens de frapper sa monnaie courante dans un métal plus noble. Trois ateliers, Paris, Beaumont-le-Roger et Castelsarrasin, se relaient cette année-là pour répondre à l’ampleur du besoin de remonétisation.