1932

Le franc fort suisse au creux de la Dépression

Alors que ses voisins dévaluent, la Suisse choisit en 1932 de défendre son franc coûte que coûte.

Le krach de Wall Street d’octobre 1929 provoque une contraction économique mondiale qui atteint son point le plus bas, en Suisse, précisément en 1932. L’effondrement y est moins brutal qu’en Allemagne ou aux États-Unis, mais la reprise s’annonce plus lente, avec une stagnation qui se prolongera jusqu’en 1936 et un chômage en hausse continue depuis 1931. La Confédération fait alors un choix qui la distingue nettement de ses voisins européens : plutôt que de dévaluer sa monnaie comme le feront tour à tour la Belgique (1935) ou la France (1936, 1938), elle s’accroche à son “franc fort” et refuse toute dévaluation jusqu’en septembre 1936 — une orthodoxie monétaire payée par un chômage structurel croissant, mais qui vaut à la Suisse une réputation durable de stabilité.

C’est dans ce contexte que circule le 5 francs “Berger”, dont le module et le poids ont été réduits en 1931 (argent 835 pour mille) — le motif du berger, lui, datant de 1922. Son revers, gravé par Paul Burkhard, représente un berger de profil encapuchonné — un motif que la légende populaire confond systématiquement avec Guillaume Tell, alors qu’il n’en est rien. La tranche porte la devise traditionnelle de la Confédération, “Dominus providebit” : “Le Seigneur y pourvoira”. Une pièce d’argent commune, frappée à Berne à plus de dix millions d’exemplaires, mais dont le contexte de frappe — une Suisse qui choisit délibérément la rigueur quand tout le monde autour d’elle cède à la dévaluation — mérite qu’on s’y arrête.

Sources