Du 15 au 17 juin 1913, Berlin célèbre le jubilé d’argent de Guillaume II : vingt-cinq ans de règne, un demi-million de Berlinois dans les rues. Face au philanthrope américain Andrew Carnegie, venu assister aux festivités, l’empereur aurait lancé : “Vingt-cinq ans de paix, monsieur Carnegie, et j’espère qu’il y en aura vingt-cinq de plus !” La formule est restée célèbre pour son ironie tragique : un an plus tard, l’Europe sombre dans la guerre la plus meurtrière que le continent ait jamais connue.
L’année 1913 marque pourtant le sommet de la puissance industrielle allemande : la production d’acier, qui n’était que de 2,1 millions de tonnes en 1890, atteint 18,9 millions de tonnes en 1913 — davantage que le Royaume-Uni et la France réunis. Mais cette puissance s’accompagne d’une course aux armements sans précédent : l’Army Act de 1913 porte l’effectif de paix allemand à 870 000 hommes, la France répond par la loi des trois ans, la Russie par un renforcement comparable. En Alsace annexée, l’affaire de Saverne, en novembre-décembre 1913, provoque une motion de défiance massive du Reichstag contre le chancelier Bethmann Hollweg — sans effet, le chancelier ne dépendant constitutionnellement que de l’empereur.
Le 5 Mark d’argent frappé cette année-là à Berlin porte le buste de Guillaume II en uniforme, en sa qualité de roi de Prusse — l’un des derniers grands modules d’argent allemand avant que l’étalon-or ne soit suspendu, le 4 août 1914, jour de l’entrée en guerre.