1912

Cinq centimes de bronze, un empire à son zénith

Une petite pièce de bronze frappée l'année où la France scelle son protectorat marocain et où le Titanic sombre.

Le 5 centimes Dupuis, dessiné et gravé par Jean-Baptiste Daniel-Dupuis, circule depuis 1898 dans les poches françaises — une monnaie de bronze modeste, du quotidien le plus ordinaire, restée en bronze jusqu’à la fin de sa frappe en 1921. Le millésime 1912 la place à un moment de tension diplomatique majeure : le 30 mars 1912, la France établit sur le Maroc un protectorat complet, épilogue de la crise d’Agadir survenue l’année précédente. Cette crise, née d’une course aux armements anglo-allemande de plus en plus ouverte, ravive en France l’idée de revanche héritée de la défaite de 1870-1871 et durcit le climat antiallemand.

Loin d’affaiblir les alliances françaises, la crise d’Agadir resserre au contraire l’Entente avec Londres et Saint-Pétersbourg, creusant l’écart avec Berlin — un des rouages de l’engrenage diplomatique qui mènera à 1914. Cette même année 1912, de l’autre côté de la Manche, le souverain George V frappé à Londres illustre un empire britannique à son apogée territoriale : plus d’un quart des terres émergées, plus de 20 % de la population mondiale sous domination britannique. Et le 15 avril 1912, le paquebot Titanic, symbole de la démesure technique de cette puissance, sombre au large de Terre-Neuve, faisant plus de 1 500 morts. Deux petites monnaies de 1912, française et britannique, racontent ainsi chacune à leur échelle un monde encore sûr de lui, à deux ans d’un basculement que personne, alors, n’imagine à cette échelle.

Sources