- Le 20 francs or “Coq”, commandé au graveur Jules-Clément Chaplain dès
- décembre 1895 et mis en circulation à partir de 1899, remplace le type “Génie”
- hérité d’Augustin Dupré. Le choix du coq gaulois comme motif n’est pas neutre
- les Romains désignaient les Gaulois par “Gallus”, qui signifiait aussi “coq” — un jeu de mots d’origine antique, longtemps moqueur, que la Révolution transforme en emblème de courage et de vigilance. Sous la Troisième République, le symbole devient quasi officiel, sans jamais avoir le statut protocolaire du drapeau ou de Marianne. Adopter le coq pour l’or national, c’est afficher une République qui n’a plus besoin de rassurer sur sa propre pérennité, contrairement aux débuts fragiles du régime dans les années 1870.
Cette assurance politique n’empêche pourtant pas une France sociale en ébullition. Au printemps et à l’été 1908, la grève de Draveil-Villeneuve- Saint-Georges mobilise près d’un millier de terrassiers et de bateliers de la vallée de la Seine, exploités dans l’extraction de sable pour douze heures de travail quotidien dans l’eau contre cinquante centimes de l’heure. Le 2 juin, la gendarmerie ouvre le feu sur les grévistes à Vigneux, faisant deux morts. Le 30 juillet, une manifestation de six mille ouvriers est réprimée à Villeneuve-Saint-Georges par deux mille soldats et gendarmes : quatre morts, deux cents blessés. Les dirigeants de la CGT sont arrêtés dès le lendemain, consolidant la réputation de “briseur de grèves” que Georges Clemenceau, président du Conseil, traînera longtemps.
Le 20 francs Coq de 1908 a donc circulé dans les deux France de cette année-là : celle d’un régime politiquement affermi au point de choisir un symbole désinvolte pour son or, et celle d’une réalité sociale d’une dureté extrême, à l’aube du syndicalisme de masse.